Présentation et historique

La Goulue, une maison dédiée à la musique…

En premier vint la maison…Par les araignées, la nature envahit la Goulue...

La construction de notre maison a été le fruit d’un double héritage: terrain et moyens financiers pour la construire. Auparavant, nous ne nous serions jamais imaginés devenir propriétaires… En plus, la perspective de nous retrouver au milieu d’une commune à considérer comme appartenant à la « périphérie huppée » de Vevey n’était pas sans susciter en nous un certain malaise…

Nous avons donc rapidement imaginé comment être « autrement propriétaires », et les moyens étaient nombreux, mais 2 valeurs se sont rapidement avérées essentielles à nos yeux:

  • réaliser une maison respectueuse de l’environnement, et…
  • Faire de notre maison un lieu de rencontre autour de la musique, du fait que nous étions les 2 très actifs dans la musique, Françoise enseignant et pratiquant divers instruments, et moi-même jouant à l’époque du piano, chantant et dirigeant des choeurs. À prendre en compte: le fait que je disposais déjà au départ d’un excellent piano à queue.

Sur ce point, comme nous avions décidé de ne pas avoir d’enfants, nous n’avions pas besoin de fractionner l’espace en de nombreuses pièces, donc nous avons laissé les 2 étages très ouverts, surtout le rez-de-chaussée où, à part un local technique fermé, tout le reste ne devait constituer qu’un vaste espace unique pour permettre l’organisation de concerts.

…puis le concept d’une maison dédiée à la musique prit forme…

À ce stade, nous avons immédiatement, vu la disposition des lieux, décidé d’un dénivelé de 50 cm entre 2 parties du rez-de-chaussée, la partie plus élevée pouvant servir de « podium » pour les artistes, avec le piano à queue, la seconde partie, salon-salle à manger, pouvant servir d’espace pour un public…

Nos premières idées, en vrac: accueillir des auditions d’élèves, notamment de professeurs privés ne disposant pas d’un espace avec un bon piano pour organiser les auditions de leurs élèves. Mais aussi, proposer notre maison pour des récitals d’étudiants avancés du Conservatoire de Vevey-Montreux préparant des examens, voire d’étudiants en classe professionnelle du Conservatoire de Lausanne.

Mais aussi: accueillir pour un concert de jeunes artistes en début de carrière, pour lesquels les premiers concerts sont souvent les plus difficiles à trouver.

Finalement, nous restions ouverts à toutes les situations, idées et propositions qui viendraient, en lien avec des activités musicales.

Pour ce qui est de l’étage supérieur, une fois déduits les espaces déjà réservés (chambre à coucher, salle de bain, bureau…), il restait une grande pièce centrale, que mon épouse Françoise avait depuis longtemps déjà aménagée dans sa tête… C’est qu’elle allait l’investir pour son enseignement musical: de l’initiation musicale pour de petits groupes d’enfants, et l’enseignement de la flûte à bec, flûte traversière, saxophone et guitare, tant à des enfants qu’à des adultes.

Il ne restait plus qu’à passer à l’acte ! Et la maison fut construite en tenant compte de ces projets.

Les premiers concerts

Ceux-ci se présentèrent assez naturellement, car dès le départ, nous indiquions à des amis musiciens, à charge de le faire savoir plus largement autour d’eux, que s’ils le souhaitaient, nous organiserions volontiers un concert pour eux chez nous… Un premier ensemble de jeunes artistes saisit la perche, et les 2 premières années, ce furent ces musiciens, un quatuor d’instruments à vent avec piano, qui donnèrent ainsi les deux premiers « Concerts à La Goulue », comme nous avions décidé de les nommer.

D’autre part, nous avions déjà établi des contacts avec l’organisation des « Veillées à la maison« , pour mettre notre domicile à disposition, et ils nous ont rapidement proposés des soirées sur des sujets musicaux. La première accueillit la violoniste Valérie Bernard et la pianiste Isabelle Fournier, qui allaient enregistrer un premier disque en duo. Elles nous présentèrent le projet et jouèrent une partie du programme du disque, et les gens présents furent invités à faire un peu de pub pour la vente de leur futur disque.

Par la suite, d’autres occasions de concerts se sont présentées, et rapidement, nous avons prévu d’organiser nous-même des saisons de concerts:il était manifeste que la formule avait de l’avenir, et les artistes commençaient de plus en plus à manifester leur intérêt.

2005: Concert du trio de l'Ensemble Ysende (ainsi qu'un récitant, pas présent sur la photo)

Par contre, les quelques contacts avec des enseignants en vue d’auditions de leurs élèves, voire avec les conservatoires, n’ayant provoqué qu’un intérêt poli sans suite, nous n’avons pas prospecté plus avant cette piste, qui n’aboutit qu’à quelques rares auditions à La Goulue, mais il y en a quand-même eu quelques-unes.

C’est alors que nous avons décidé d’organiser des saisons de concerts, ce qui requérait toute une infrastructure: organiser les contacts avec les artistes, choisir parmi les candidats, fixer des dates et une fréquence annuelle de concerts, constituer un fichier d’adresses pour informer les gens sur les concerts et leur envoyer des papillons, créer un site Internet, puis enfin, dernière étape: crééer une association de soutien.

Toutes ces activités se sont mises peu à peu en place, et heureusement: comme je m’en suis occupé pratiquement seul, on ne peut pas tout créer en même temps. Une des plus lourdes tâches a été la création d’un fichier d’adresses auxquelles envoyer les informations sur les concerts. Durant quelques années, j’ai contacté, directement ou au hasard des rencontres, plein de gens que j’ai invité à figurer dans notre fichier, lequel a ainsi grandi peu à peu, pour atteindre actuellement largement plus de 700 adresses !

Les premières années ont été celles de la mise en place progressive des « Concerts à La Goulue » tels qu’ils se déroulent actuellement. Ça ne s’est pas passé sans stress, et les premières années, les concerts avaient une fréquence d’environ 6 par année.

Le succès rend gourmand et ambitieux, et l’expérience permet d’optimiser le travail et de diminuer le stress…

L'Ensemble Espantar à La Goulue 2006: Fabliaux de Nicolas Favre illustrés en musique par Anne-Sylvie Casagrande

 

Assez rapidement, nous avons réalisé qu’on pouvait imaginer développer les concerts et en organiser davantage par année. Mais de ce fait, l’organisation commençait à devenir lourde, et les problèmes financiers se posaient de manière plus aigue: fini de juste donner le fruit de la collecte aux artistes après chaque concert, comme lorsque chaque concert était organisé isolément, selon les occasions qui se présentaient…

L’Association de soutien aux Concerts à La Goulue

La nécessité d’envisager la création d’une association nous est tôt venue à l’esprit. Mais sous quelle forme et pourquoi ?

Nous avons rapidement choisi la forme de l’association de soutien, séparée de l’organisation des concerts eux-même, car pour ceux-là, il nous fallait conserver toute liberté quant à leur organisation, leur fréquence, mais aussi la liberté de pouvoir arrêter d’en organiser le cas échéant.

L’association devait donc servir avant tout à trouver des fonds pour compléter les recettes des collectes à l’issue des concerts. Dès le départ, il nous est apparu qu’il faudrait définir un mode de financement des concerts, ainsi que l’articulation entre les concerts et l’association de soutien de la manière suivante:

  • Nous devions assumer à nous seuls tous les frais des concerts, sinon nous n’aurions presque rien à verser aux artistes si nous nous remboursions les frais d’organisation et de promotion sur les seules recettes des collectes.
  • Il fallait prévoir une « péréquation » des recettes des collectes, pour que tous les artistes soient rétribués de manière équitable et selon des tarifs pré-établis.
  • Il fallait créer une association de soutien pour trouver des ressources, voire des aides de personnes qui pourraient nous apporter des idées concernant la formule et l’organisation des concerts, ainsi que leur financement.
  • Il fallait créer un « concept « Concerts à La Goulue », pour que ces événements aient une touche particulière qui les distingue de ce qui se faisait ailleurs.

C’est ainsi que l’« Association de soutien aux « Concerts à La Goulue » a été portée sur les fonds baptismaux au début de 2004. Cette association, par un labeur inlassable de ma part (annonces répétées pour inviter les gens à nous soutenir dans notre action en y adhérant), a assez rapidement pris de l’ampleur, le nombre de ses membres augmentant régulièrement, pour atteindre environ 170 membres début 2012.

Quant aux concerts eux-même, leur cadence a elle aussi rapidement augmenté pour atteindre la cadence actuelle de 12-13 concerts par année. Grand est le travail, mais immense la satisfaction d’accueillir des artistes en général agréables, sympathiques autant qu’excellents sur le plan musical. Donc la formule de chercher à lier la convivialité, la chaleur humaine à l’accueil des artistes comme du public, à créer une connivence entre les uns et les autres du fait de la proximité géographique déjà, puis à donner à tous la possibilité de se rencontrer après les concerts, s’est avérée adéquate.

Apparition des clavecins …et de la musique « ancienne » dans la programmation des « Concerts à La Goulue »

Des Fables de La Fontaine plus vraies que nature...

En 2002, je me suis découvert une passion pour les clavecins… Celle-ci s’est d’abord matérialisée par la commande d’un premier instrument important, un clavecin à 2 claviers. Mais 6 mois plus tard, je passais commande d’un second instrument de la même importance… Dès le départ, il était clair dans ma tête que je n’en faisais pas l’acquisition pour mon seul usage personnel, mais également pour les concerts. J’ai donc immédiatement décidé de donner à ces instruments une décoration qui les rendrait également agréables à regarder: on écoute parfois aussi avec les oreilles… Certes, la décoration est plutôt chère, mais voilà, pour des instruments destinés à durer longtemps, du moins on l’espère, j’ai estimé que ça valait le coup, et avec du recul, je ne le regrette pas.

Mais aussi, comme les clavecins qu’on fabrique de manière artisanale sont en principe des copies d’après les plans et le mode particulier de fabrication de certains types d’instruments faits à une époque dans une région donnée, la décoration permettait de mieux identifier l’origine et l’époque des instruments que je me suis fait construire.

Ces deux …premiers instruments m’ont été livrés en 2004 et ont été inaugurés en concert cette année-là, par ailleurs l’année de la création de l’association.

Pendant la fabrication des instruments, j’avais bien sûr déjà réfléchi à la question de savoir comment j’allais modifier la programmation de nos concerts en conséquence. Cela allait impliquer que les 12-13 dates seraient plus ou moins réparties « fifty/fifty » entre le répertoire baroque et antérieur, et le répertoire classique et postérieur (en gros: jusqu’en 1750 environ, date de la mort de Bach, et après 1750). Et d’inclure en outre environ 2 concerts ou spectacles autour d’autres musiques, pour ouvrir un peu le jeu sans perdre l’identité générale de nos concerts.

Contes coquins en mai 2006: un grand succès...

Mais une question se posait: est-ce que le public qui s’était peu à peu constitué jusque là allait également venir à des concerts de musique ancienne ? Allaient-ils apprécier le clavecin en général, et mes instruments en particulier ? Est-ce que cette nouvelle programmation allait nous amener un nouveau public d’amateurs de musique ancienne ? Est-ce que les concerts de musique ancienne allaient « marcher » ?

La réponse n’a pas tardé à se faire: à l’issue de la première année de programmation de concerts de musique ancienne, on a pu constater que la fréquentation des uns et des autres s’équivalait, donc qu’il n’y avait pas eu de baisse de fréquentation pour ces concerts. Ça a aussi permis de mieux étudier la composition du public de nos concerts, qui est en gros consitué de trois types d' »auditeurs »:

  • Ceux ouverts à toutes sortes de musique et qui viennent aux concerts indépendamment de ce qu’on programme
  • Ceux qui n’aiment que la musique ancienne et ont donc représenté un nouveau public avec l’apparition de concerts de musique ancienne
  • Ceux qui n’aiment pas la musique ancienne, qui ont continué à venir aux autres concerts, mais ne sont pas venu aux concerts de musique ancienne.

Un de mes grands plaisirs a été de révéler le clavecin à de nombreuses personnes, notamment parce qu’elles pouvaient enfin entendre de bons instruments (mes …quatre clavecins sont des réussites et sonnent très bien), qu’elles pouvaient enfin les …entendre, tout court: en salle de concert, souvent, on entend mal les clavecins, et encore moins lorsqu’ils n’ont qu’une fonction d’accompagnement ou d’instrument membre d’un ensemble instrumental. Là, on peut les entendre en solo, dans un petit espace où ils sonnent bien et de manière très présente.

Donc le bilan du « mélange » entre toutes les périodes musicales et les genres musicaux s’est avéré positif. Il nous a également permis d’attirer des artistes de pointe en musique ancienne, bien davantage que dans la musique plus récente: pour cette dernière, qui a fait son nid dans le monde des concerts depuis des siècles, les tarifs de rémunération sont davantage établis et les possibilités de faire carrière, soit en orchestre, soit en musique de chambre, soit dans l’enseignement, soit en récitals en solo, sont plus « assurées » que dans le monde des interprètes de la « musique ancienne ».

Donc les artistes de cette catégorie ont très souvent des exigences financières auxquelles nous ne pouvons pas répondre.

S’agissant de la pratique de la musique ancienne, qui s’est gentiment fait une place au soleil petit-à-petit, depuis son « apparition » (ou sa résurrection), dans les années 1960, la situation est moins …lucrative, ce qui fait qu’une occasion de jouer sur de bons instruments dans le cadre de concerts programmés et organisés, avec un cachet garanti, même s’il est modeste, s’avère représenter parfois un attrait plus important parfois que le montant du cachet versé, ce qui n’est pas vrai pour les musiciens jouant de la musique plus …moderne et sur des instruments modernes. Il est plus difficile de trouver des artistes de bon niveau dans cette catégorie de musiciens, avec les cachets qu’on peut leur proposer, qui ne sont certes pas très élevés.

État des lieux récent des « Concerts à La Goulue »: baisse de fréquentation… Quel avenir pour nos concerts ?

Il reste un ultime point à aborder dans cet historique: la situation récente, disons, celle des années 2010 à maintenant..

Cette situation semble le fruit d’une évolution qui n’est pas favorable: nous assistons à un net fléchissement de la fréquentation de nos concerts. Ce déclin est-il du à…

  • la baisse d’intérêt qu’on peut constater de manière plus générale pour la musique classique ?
  • au fait que nous proposons une offre de concerts dans une région qui en regorge, et dont l’offre générale augmente constamment encore, même durant ces 10 dernières années ?
  • Y aurait-il donc une surabondance de l’offre par rapport au public potentiel ?
  • On peut également imaginer que dans toute « entreprise » comme la nôtre, passée la surprise de la découverte, s’installe une forme de routine et à un moment, l‘attrait de la nouveauté n’en est plus un et les gens se font moins « fidèles »

On peut également constater le vieillissement moyen du public des concerts classiques: la relève des plus jeunes ne se fait pas vraiment, et on l’observe beaucoup dans le cadre des « Concerts à La Goulue »: nombre des fidèles des débuts étaient déjà des gens retraités, et comme nos concerts existent depuis près d’une 15e d’années, certaines personnes sont devenues trop âgées et soit se sont faites plus rares à nos concerts, soit leur mobilité s’est trop réduite pour qu’elles puissent encore y venir, donc nous avons certainement perdu nos auditeurs les plus fidèles, dans la mesure où les gens de la plus ancienne génération étaient habitués à plus de constance dans leur présence…

Actuellement, l’offre de loisirs, d’activités ludiques, de spectacles en tous genres est devenue tellement énorme que les gens « butinent » de plus en plus, allant un soir à un concert, un autre voir une pièce de théâtre, sans parler du cinéma et des autres loisirs. Du coup, on vient une fois de temps en temps à nos concerts, et les autres fois on fait autre chose ou on va ailleurs…

Cette situation est préoccupante pour l’avenir de nos concerts, parce que l’exiguïté de notre salon fait que si on affiche vite complet, avec 60-70 personnes, à l’envers, il y a vite une fréquentation insuffisante pour assurer une présence d’un public digne de ce nom pour les artistes qui viennent jouer à La Goulue, mais aussi pour les collectes, indispensables pour payer les artistes. S’il ne vient que 20 personnes, c’est largement insuffisant. Une fréquentation qui se situerait dans une fourchette entre 30 et 60 personnes serait parfaitement convenable, mais en 2011, la moyenne de fréquentation par concert n’a été que de 30 personnes contre encore 40 l’année précédente…

Je vais être donc obligé de suivre de très près l’évolution de la situation, en gros jusqu’à cet été 2012, afin de décider pour la suite, si cette baisse se confirme, à choix, ou graduellement:

  • On diminue le nombre de concerts à 10 pour 2013
  • Si ça ne pousse pas la fréquentation des concerts à la hausse ->
  • On passe à 8 concerts en 2014
  • Si aucune évolution positive ne peut être observée suite aux mesures précédentes, 2014 pourrait bien alors signifier la fin définitive des « Concerts à La Goulue »

J’invite donc les lecteurs de cette rubrique à réaliser la situation que nous vivons, et si les gens souhaitent que les « Concerts à La Goulue » continuent à exister, il n’y a qu’un remède: …venir quelques fois par année à nos concerts: une augmentation à 40 personnes de la moyenne de fréquentation de nos concerts serait suffisante pour qu’on poursuive notre entreprise

À bon lecteur, ou à bon entendeur !…

 

Les soeurs Lesaulnier: arrangements de pièces pour 2 clavecins: triomphe de l'enthousiasme de la jeunesse et de la qualité, ...mais bien peu de public: dommage !