“L’Art de la fugue” de Bach au clavicorde: “Intégrale” par Nicole Hostettler

Compte-rendu:

Le 12 mai dernier, Nicole Hostettler sonnait à la porte de La Goulue, un grand clavicorde construit d’après un instrument de la seconde moitié du XVIIIe siècle sous le bras…

Il s’agissait de nous offrir une très longue soirée musicale… En effet, “L’Art de la Fugue” est un monument dans la production musicale du grand J.-S. Bach. Son exécution dure en effet autour d’une heure 3/4, une heure 3/4 de grandes fugues et de canons divers sur le même thème, trituré dans tous les sens et traité dans toutes les possibilités d’écriture polyphonique que maîtrisait Jean-Sébastien…

L’instrument, légèrement plus tardif que ceux de l’époque de Bach, offre des sonorités somptueuses et relativement sonores …pour un clavicorde, instrument d’origine fort ancienne, qui constituait à l’époque davantage un instrument de travail pour les musiciens qu’un instrument de concert, ou alors, dans des cadres “intimistes” et pour un très petit cénacle d’inités…

De faible puissance sonore, ce type d‘instrument à clavier et à cordes frappées, un des ancêtres du piano moderne, permet donc de réaliser des “nuances”, mais dont l’étendue va du “ppp” à un honnête “mezzo-piano” pour les sons les plus forts…

Il fallait donc régler ses oreilles au “calibre” d’une sonorité d’ampleur modeste, mais superbement propre à faire résonner les infinies subtilités de l’écriture contrapuntique de l'”Art de la Fugue”. Nicole Hostettler nous en a offert une exécution d’une gande clarté, d’une subtilité de toucher très délicate. Une constante concentration est requise pour parvenir à jouer et faire vivre cette musique très dense, qui ne laisse à l’interprète aucune seconde d’inattention.

Il n’est pas davantage laissé aux auditeurs la possibilité de révasser, sous peine de perde pied dans cet univers musical sophistiqué mais exigeant une qualité d’écoute…

Certaines personnes, peu habituées soit à l’instrument, soit à cette oeuvre immense, ont eu de la peine à tenir la longueur… Celles qui ont pu garder l’attention jusqu’au bout auront été récompensées par une superbe expérience musicale aux côté d’une Nicole Hostettler rayonnante et calme, posant son jeu avec délice et ravissement, comme en attestaient les expressions parfois lumineuses de son visage…